Sélectionner une page

"C'est à cette heure-ci que tu rentres?

Tu n'as pas honte? je me fais un sang d'encre, moi. je tourne en rond devant la porte, comme un fauve dans sa cage.
Ma seule compagnie est le silence de la maison vide, et ce stupide chien qui ronfle dans l'entrée.
Que faire en t'attendant? Et bien, je vais te le dire: RIEN! Et ce rien rend le temps encore plus long que d'habitude, l'attente plus agaçante… Et pourtant, il n'y a rien d'autre à faire que d'attendre.
Que pourrais-je bien faire? Si je me mets à quelquechose, tu ne trouveras rien de mieux à faire que d'arriver à ce moment précis, ce qui m'obligera à tout arrêter séance tenante et donc à exacerber le tranchant de mon humeur, déjà massacrante.
Par ailleurs, je pourrai rater ton arrivée, et perdre l'occasion de passer mes nerfs sur toi, ce qui est tout simplement hors de question.

J'ai froid.
Car , bien sûr, quand tu n'es pas là… il n'y a personne pour allumer le poêle! Alors, on gèle. Quand je pense à cette douce chaleur, lorsque, affalé sur le fauteuil, les yeux clos, j'écoute le crépitement des flammes… mais rien de tout cela ce soir. la torpeur de la nuit me glace les os, comme ton absence qui me gèle le coeur.
Et j'ai faim!
Les provisions, que tu m'as chichement laissées, fondent à vue d'oeil et tu n'es pas là pour t'occuper de moi. Si au moins tu n'avais pas fermé la porte en partant, j'aurai pu sortir pour aller chercher de quoi me restaurer, mais non! Egoiste que tu es, tu n'y a pas pensé!!
Je suis seul et abandonné.
Malheureux comme la pierre… quand tu vas rentrer… tu vas voir ce que tu vas voir.

Lassé d'arpenter la pièce, je m'assois devant la porte.
Et j'attends bien sûr. Tel le sphinx, mon regard est figé vers l'horizon, dans l'attente d'un mouvement, d'une ombre.

Ha enfin!!! te voilà!!! je vois les phares de la voiture. Surtout, ne te presses pas. Et que je mets mon manteau, que je referme le portail, que je ramasse le courrier… je me demande comment je fais pour ne pas hurler face à tant de désinvolture.
Oh mais non!! il faut encore que tu viennes avec Lui. Toi, tu habites ici, alors je te permets de rentrer, mais Lui??! Tes gérémiades habituelles selon lesquelles il habiterait avec toi depuis 10 ans ne m'intéresse absolument pas. JE t'ai autorisé à habiter chez MOI, autorisation qui ne s'étend pas à Lui.
Je râle??? Mais certainement, je râle!! Tu as vu à quelle heure tu rentres???
Oh oui, tu vas m'entendre râler… j'ai faim, j'ai froid, je suis fatigué.
Je me fiche éperdument que tu sois fatiguée toi aussi, je veux que tu t'occupes de moi. Là, maintenant, tout de suite.
Tu n'imagines même pas à quel point je peux te pourrir la vie si tu ne le fais pas.. ha tu sais? bon bon….

OK, je me calme. Je peux me poser sur tes genoux? Non? je le fais tout de même."

Signé:

Le Chat.